drapeau bleu blanc rouge tricoloreDepuis deux siècles, les Américains arborent fièrement et sans retenue leur emblème national : dans les bâtiments publics, dans les médias, dans les rues et surtout chez eux. Même s’ils n’ont pas le monopole de ce « plébiscite permanent » qu’est une nation, ils en sont néanmoins les plus célèbres représentants. De quoi nous inspirer, penserais-je.

Aussi, ce matin, quand je suis descendu dans les rues versaillaises, au moment de l’hommage national aux Invalides et après l’appel du président de la République, je m’attendais à découvrir des façades couvertes de nos couleurs. Le temps de l’unité nationale.

Quoi de plus réconfortant et de plus énergisant qu’une ville unie, fraternelle et solidaire de ceux que le malheur a frappés. Quoi de plus émouvant que de participer à cet élan national où l’union est aussi éphémère que sincère, se démarquant ainsi du débat entre politiques, actuellement aussi pathétiques que dépassés.

Gonflé à bloc par les trois couleurs flottant à ma fenêtre depuis des jours, je m’attendais donc ce matin à voir claquer au vent des pavillons tricolores rues Hoche, Carnot, de la Paroisse, du Maréchal Foch, de Saint-Cloud…

Nous, Versaillais, allions démontrer fièrement que notre cité occupe une place particulière dans l’histoire française : de Louis XIII au dernier Congrès des parlementaires, en passant par le château du Roi Soleil, l’Indépendance américaine, les Etats Généraux, les Menus Plaisirs, le général Hoche, le Jeu de paume, le mur des Fédérés, l’armistice de 1919, le monument Pershing-La Fayette… A part Paris, quelle autre ville de France peut se vanter de cumuler autant d’Histoire ?

Et pourtant, la déception et la colère m’envahirent rapidement : pas un drapeau aux fenêtres ! Pas une bougie, ni une fleur. Rien. Malgré quelques commerçants et la mairie qui ont joué le jeu, aujourd’hui ressemblait aux autres jours. Comme si rien ne s’était passé !

J’ai bien conscience que le drapeau ne vaincra pas seul le terrorisme. Mais nous n’y parviendrons que rassemblés. Et quel élément plus fédérateur que notre pavillon ?

A force de nous regarder le nombril, avons-nous oublié qui nous étions ? Les emblèmes nationaux sont-ils devenus à ce point ringards, alors que dans le monde entier, les monuments célèbres se sont francisés ?

Est-il encore utile d’être Français ?

Comment combattre nos ennemis si nous ne sommes pas capables de nous rassembler autour de nos couleurs, qui ne sont ni de droite ni de gauche ?

Le bleu-blanc-rouge est-il juste une fonction Facebook ou peut-il encore retrouver nos fenêtres, nos mâts, nos portes et nos mains ? Est-il réservé aux bâtiments publics les jours de fêtes nationales et aux rencontres sportives, ou est-il appelé chaque jour à réconforter nos aînés, éduquer nos ados et faire rêver nos enfants, bref, à donner un sens aux symboles : les couleurs, la devise, Marianne, les droits de l’Homme, la Marseillaise ?

Comment peut-on y voir un symbole nationaliste, alors qu’il est aujourd’hui un symbole mondial de libération des peuples, de liberté, animé par l’esprit de Voltaire et de Montesquieu ? Pourquoi l’avons-nous laissé à l’extrême-droite, au point de nous paralyser ?

Comment exiger des étrangers qui arrivent en France qu’ils deviennent plus français que français, quand nous mêmes sommes incapables de montrer l’exemple ?

Pourquoi aussi peu de drapeaux et aussi peu de ferveur ce matin ?

Qu’en pensez-vous ? J’attends vos commentaires !

Cette déception est heureusement atténuée par des milliers d’exemples de femmes et d’hommes qui ont su se dépasser et se hisser au niveau du collectif national : les pompiers, les médecins, les secouristes, les policiers, les militaires, les bénévoles associatifs, les anonymes… tous m’ont réconforté dans cette idée : plus que jamais, je suis Français.

Alors, soyez fiers de vous-meme et de votre pays,

et sortez les drapeaux !

tableau monet 14 juillet