Les Versaillais sont généreux. Cette qualité ne devrait pas prévaloir sur leur capacité de discernement. 

mendiant versaillesComme piéton, je suis régulièrement sollicité plusieurs fois par jour par des quêteurs de rue et j’avoue être agacé. J’assiste fréquemment à des scènes de générosité qui me rendent perplexe; aurais-je le coeur trop dur ? Ce dimanche matin, j’ai été une énième fois témoin d’une scène ordinaire dont il semble difficile de parler. 

La scène se passe devant une boulangerie qui installe un point supplémentaire de vente sur le trottoir. Entre la rue et le stand, depuis plusieurs années, l’endroit semble destiné à un réseau de mendicité très organisé qui, a priori, pour des raisons de rentabilité, y place la même dame, par tous temps aux mêmes heures ; l’endroit est stratégique puisqu’il permet à la quêteuse, si nécessaire de traverser rapidement la rue, pour rejoindre un donateur potentiel qu’elle aurait repéré sur le trottoir d’en face et le solliciter au niveau d’un kiosque avant de revenir .  Pourquoi pas ? 

La scène de ce matin, après l’échange de sourires et de quelques mots très aimables, de grosses bises ; puis notre dame de bonté effectue un geste qu’elle pense de charité.  elle ouvre son porte monnaie et donne généreusement. Je vous assure que c’était très visible et peut-être même fait pour être vu, mais je ne voudrais faire du mauvais esprit.

Puis dans la file pour le pain, j’entends d’une voix plutôt sèche ou autoritaire dire « une baguette » ; on devine la dame déposer sa pièce, reprendre sa monnaie puis partir sans entendre la moindre formule de politesse à l’endroit de l’employée de boulangerie. J’ai cette fois compris que la différence de traitement qu’a la généreuse bienfaitrice n’ échappe pas à l’employée qui, elle aussi, affronte le froid pour gagner, je l’espère, beaucoup plus que la quêteuse mais n’en suis pas certain.

Ce comportement paradoxal de généreux  donateurs – compassion pour la femme du réseau de mendicité / absence de considération pour ceux qui travaillent – m’a rappelé un écriteau qui, il y a quelques années, était apposé à l’entrée de la cathédrale de Toulon et dont les édiles versaillaises pourraient s’inspirer. En substance, ne cédez pas à ce type de sollicitations, « nos associations s’en chargent « .  

JP