la poste versaillesUn Versaillais, René Clémenti, souhaite vous faire part, ci-dessous, de son étonnement, que dis-je, de sa colère contre La Poste, où apparemment, il ne fait pas bon être aveugle… à vous de juger et d’en débattre avec l’auteur !

J’ai un souhait un peu particulier à exprimer pour 2016 : qu’en cette année de la Miséricorde la direction de la Poste autorise ses agents à rendre service aux aveugles. Vous allez me prendre pour un fou : Quoi ! faut-il une autorisation quelconque au pays de France pour apporter un concours secourable à plus faible que soi ? Eh bien, en France, non, je l’espère en tout cas. Mais sur chaque morceau du territoire régi par la Poste – dans ses bureaux – il semble bien que oui.

J’en ai été le témoin le 3 décembre dernier, à Versailles, la ville de France où la densité de scouts est la plus forte – souvenez-vous : la BA quotidienne, l’attention portée à autrui, la vigilance permanente, le souci de se tenir toujours prêt à rendre service, tout cela est battu en brèche par une de nos plus grandes entreprises !

Nous sommes donc, ce 3 décembre 2015, dans un fief de la Poste, au bureau qui fait le coin entre l’avenue de Saint-Cloud et la rue Georges-Clemenceau. Je suis face au mur, comme à l’urinoir, devant l’un de ces horribles et détestables robots qui désormais sont seuls habilités à nous délivrer leurs tout aussi horribles petites vignettes autocollantes. Venant du fond du bureau, sur ma gauche, un guichetier s’avance en tenant d’une main le bras d’un aveugle, et de l’autre un formulaire quelconque à remplir. Je l’entends avant de le voir. Il s’approche d’une femme occupée à libeller une enveloppe sur l’une des tablettes rondes mises à notre disposition et lui demande, tout sincèrement contrit, « si elle accepterait de remplir pour ce monsieur aveugle le formulaire que voici, que lui n’a pas le droit de le faire, que s’il se trompait en rédigeant l’adresse sa direction lui en voudrait et le sanctionnerait ».

Je suis tellement surpris que je ne songe pas à intervenir – la dame a accepté la lourde responsabilité que ne pouvait endosser le guichetier, donc tout va bien. De retour à la maison je prends conscience de l’énormité de la chose, que tout ne va pas si bien. En quelques mots je raconte l’histoire à mes proches par email ; et je partage mon indignation avec François Guerrier, mon hôte ici. Celui-ci suggère d’en faire un article – à quoi bon ? me dis-je, et y a-t-il matière à cela ?

Et voici qu’il y a dix minutes je reçois de l’un des membres de ma famille la relation de la même mésaventure survenue à son propre père, presque aveugle depuis des dizaines d’années, à Viroflay cette fois : une employée de la Poste lui donne un imprimé sur lequel figure un numéro de téléphone, qu’elle lui conseille d’appeler pour faire aboutir une quelconque démarche. Le bon grand-père, qui a fait toute sa carrière aux PTT et est le tout dernier communiste du département, lui demande d’écrire ledit numéro de téléphone en très gros caractères, de façon qu’il puisse le distinguer – refus de la guichetière !

C’est donc bien qu’il y a matière à faire un article : qui est le dément pervers parmi les dirigeants de la Poste qui a pondu une telle consigne et qui terrorise ses employés à ce point qu’ils préfèrent, le rouge au front – imperceptible il est vrai pour leurs victimes –, refuser leur aide à un aveugle ? A-t-on osé coucher cette consigne sur le papier, ou bien chaque directeur de bureau de poste, chaque matin, la martèle-t-il devant ses agents, les ravalant au même degré de conscience que les robots-urinoirs susvisés.

René Clémenti