A Versailles, il est admiré ou décrié. Mais, depuis son arrivée à la tête du domaine de Versailles en juin 2007,i l n’a jamais laissé indifférent en ne cessant jamais d’innover pour réveiller le vieux mastodonte. Oui, n’en déplaise à certains, Jean-Jacques Aillagon est un homme-clé de notre ville. A l’heure où les rumeurs vont bon train sur sa succession en juin, et quelques jours après sa traditionnelle conférence de presse, le président a accordé un entretien à MonVersailles : « Je vous écoute, cher collègue…« .

jean-jacques aillagon chateau de versailles monversailles interviewMonsieur le ministre, bonjour, merci de recevoir monversailles.com. C’est la première fois que vous êtes interviewé par un blogueur ?

J’ai souvent rencontré des blogueurs plus ou moins effectifs, mais oui, c’est la première fois.

Vous avez votre propre blog, qui marche bien. Quel bilan en tirez-vous au bout d’un an ?

C’est comme un journal, il faut produire chaque jour. C’est un véritable engagement qui demande un temps fou et une réflexion incessante, une grande discipline, mais qui m’apporte une grande satisfaction, surtout dans mes rapports avec mes lecteurs et mes réacteurs. J’écris le matin, très tôt. A chaque fois, je m’interroge : quel degré d’intimité dois-je respecter ? Comment dois-je écrire ? Ce travail est une excellente ascèse car il nous pousse à cultiver une autre sociabilité.

Suivez-vous d’autres blogueurs ?

J’ai repéré quelques correspondants, à Versailles et ailleurs.

En parlant de web, soutenez-vous la position du Président de la République dans son projet de numérisation des œuvres littéraires, scientifiques et artistiques et Versailles est-il concerné ?

Le gouvernement a chargé le ministère de la Culture de dresser une liste des projets potentiels. A Versailles, nous avons initié ce projet de numérisation depuis longtemps : peintures, sculptures, livres… Le nouveau site internet du château est exemplaire à ce titre. Nous voulons aussi utiliser les subventions du ministère de la Culture pour améliorer les programmes de médiation culturelle, comme par exemple en faveur des personnes handicapées ou des personnes éloignées de la culture.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2009 pour les expositions et les spectacles ?

2008 avait été une grande année ; en revanche 2009 s’annonçait menaçant avec le contexte de la crise et des conditions météorologiques déplorables. Mais à part la baisse relative du mécénat, il n’en a rien été. L’exposition Louis XIV, Veilhan Versailles et le développement numérique ont été de très grands succès, sans parler de l’Opéra royal dont la réouverture a permis de programmer une saison complète sur 2010.

« On ne choisit pas des oeuvres pour choquer mais pour provoquer un débat »

Septembre verra l’artiste japonais Murakami arriver dans les murs du Palais, mais certaines de ses œuvres sont pour le moins osées. Ne craignez-vous pas un nouvel effet « Jeff Koons » ?

On ne choisit pas des œuvres pour choquer, pour heurter mais seulement pour provoquer chez le public une réaction, un débat, une réflexion. Nous avons fait pour Murakami la même chose que pour Koons, car la problématique, c’est la confrontation de deux notoriétés, celle du château et celle de l’artiste. La présence du contemporain dans les musées est une excellente chose, mais il faudrait aussi que des lieux d’art contemporain exposent aussi des œuvres classiques. Vous savez, la galerie des Glaces est une sorte de manga, une bande dessinée à la gloire du règne du Roi.

Lors de notre dernier entretien, vous aviez évoqué une expo-hommage à Louis XV…

Oui, on y réfléchit, mais 2011 sera placé sous d’autres horizons. Il ne faut pas oublier que l »histoire du château est pluriséculaire ; il est donc intéressant de se pencher sur l’influence de l’Antiquité sur les trois rois qui se sont succédés à Versailles. Tous n’en avaient pas la même vision. Cela a eu une influence considérable sur l’évolution du château.

Certains artistes vous réclament-ils de se produire place d’Armes ?

Non, pas à ce jour, mais il est vrai que cet espace est vaste et très contraignant. Pendant la journée, il sert au stationnement des véhicules (voitures et bus). Par ailleurs, la statue équestre crée une présence nouvelle.

Comment se passe l’intégration du domaine de Marly ?

Très bien. Aussi bien administrativement que matériellement. Avec l’architecte en chef des Monuments historiques, nous allons définir un programme de travaux. Avec le service des jardins de Trianon, dirigé par Alain Baraton, nous avons élaboré un plan de gestion en vue de la requalification des plantations. Les constructions (terrasses, murs de soutènement …) sont en très mauvais état, il faudra mobiliser de nouveaux financements.

Où en est le chantier du Grand Versailles ?

Nous sommes à la fin de la première phase du schéma directeur (2003-2010). Avec le Ministère de la Culture et de la Communication, nous nous orientons vers la 3e phase.

« Les premiers Versaillais habitaient la colline Saint-Julien »

Quand va ouvrir le Grand Commun ?

La première phase des travaux s’achève. J’ai souhaité enchaîner la réalisation de la seconde phase de façon à ce que les services puissent s’installer début 2012. Grâce aux travaux et aux fouilles, on en sait plus sur la topographie des lieux entre le 6è et le 17è siècle. Là où se tenait l’église Saint-Julien se trouvait un cimetière mérovingien. On peut donc dire que les premiers Versaillais étaient des Mérovingiens et qu’ils habitaient sur la colline Saint-Julien.

Avez-vous trouvé un mécène pour les grilles des Ecuries ?

Non, on cherche toujours ! Et pour toutes les grilles : Hameau, Orangerie, etc… Si vous avez quelques idées de mécènes à mobiliser, je suis à votre disposition, et si vos lecteurs veulent bien s’intéresser à ces ouvrages, ils pourront bénéficier de la loi 2003 sur le mécénat.

Quels sont les futurs tournages de films ?

Le dernier a été « Louis XV. Le Soleil noir » de Thierry Binisti. Il n’y en a pas d’autre de prévu mais j’espère qu’il y aura la suite sur Louis XVI.

Bertrand Devys en avait parlé dans son programme, François de Mazières semble s’y intéresser et on entend que vous-même auriez des projets à ce sujet. L’histoire americano-versaillaise intéresse décidément beaucoup de monde depuis quelques temps…

Nous réaménageons des pièces du château pour les consacrer à cette commune, à la France et aux USA. La plaque d’hommage à Rockefeller est désormais bien visible dans le vestibule du Pavillon Gabriel. Par ailleurs, je vous rappelle que deux fondations américaines nous sont fidèles : les American Friends of Versailles présidé par Catherine Hamilton et la Versailles Foundation présidée par Barbara de Portago.

Le janvier dernier, 600 personnes défavorisées ont pu visiter le château grâce à la fondation Total : prévoyez-vous de renouveler ce type d’opération ?

Oui, tout à fait. Ces personnes constituent par définition un public éloigné de la culture, il est donc primordial qu’on facilite leur accès aux musées. Nous l’avons fait en liaison avec des associations, qui font un travail extraordinaire, et grâce à la Fondation Total. Ce qui m’a le plus touché, ce fut la joie de ces visiteurs et leur sensibilité à la reconnaissance de leur dignité. Tous s’étaient faits « beaux » pour le grand événement, notamment les femmes.

Parlons de choses qui fâchent : la polémique sur les tarifs lancée par Louvre Pour Tous…

Le Louvre pour tous aime trop la polémique. Sur ce point, il a été désavoué. A force de crier au loup tous les jours, il finit par devenir inaudible. Cela dit, ce type de média est nécessaire. Il entretient le débat et l’expression démocratique. M. Hasquenoph est toujours bienvenu à nos conférences de presse.

« J’ai l’impression d’être le seul Versaillais à habiter sur les deux rives à la fois »

Parlons de votre vie à Versailles…

Vivre ici est un immense plaisir, je suis très attaché à cette ville.

Votre quartier ?

Le marché Notre-Dame avec ses poissonniers fabuleux, le quartier des Antiquaires, mais j’adore aussi Saint-Louis et la rue du Vieux-Versailles. J’ai l’impression parfois d’être le seul Versaillais à habiter sur les deux rives à la fois. Tous les jours, je vois devant moi un immense fleuve, l’avenue de Paris, séparer la ville en deux parties, que j’aime toutes les deux. Versailles est une ville qui évolue, alors qu’on la disait stéréotypée. C’est une vraie ville dans laquelle on peut vivre.

Le 9 février dernier, Jean-Jacques Aillagon a tenu sa traditionnelle conférence de presse, dans laquelle il a annoncé les futurs projets du domaine de Versailles.

Portrait de Jean-Jacques Aillagon : Christian Milet / Château de Versailles