Isabelle Claude, présidente de l’association VéloVersailles, avait réagi quant au billet sur le double-sens de la rue Albert-Joly, publié le 3 janvier dernier sur MonVersailles. Parce que, contrairement à cette passionnée du vélo (comme moi), j’ai émis de sévères doutes quant à la pertinence de la rue choisie (alors que je pratique tous les jours les double-sens cyclables), j’ai souhaité l’interviewer afin d’apporter des éclaircissements à un débat qui a enflammé les médias.

Suite à la polémique née du billet sur le double sens cyclable de la rue Albert Joly, vous avez décidé de réagir en tant que spécialiste de la politique urbaine du vélo. Pouvez-vous nous donner votre sentiment ?

VeloVersailles : Je ne vous donne pas mon « sentiment », mais je vous informe volontiers sur des faits et des textes de loi. Dans la mesure où l’aménagement cyclable du type double sens cyclable (DSC) a fait ses preuves dans toutes les villes françaises (et européennes) et où il est reconnu comme un facteur efficace d’apaisement de la vitesse, nous n’avons pas compris la polémique sur le DSC qui était maladroitement présenté comme une piste cyclable.

La piste cyclable est une voie réservée aux cyclistes d’une largeur de 1m 50 (recommandation du CERTU), séparée physiquement de la chaussée. La piste cyclable bidirectionnelle de la rue Carnot en est un exemple.

La rue Albert Joly, située en zone 30 est aménagée en double sens cyclable, conformément au Code de la route. En effet, c’est désormais une obligation d‘aménager des DSC dans les rues à sens unique situées dans les zones 30 sauf arrêté municipal stipulant le contraire dûment motivé. La largeur de la chaussée roulante de 3m entre dans la catégorie des rues entre 2,70m et 3,50m où le CERTU préconise un simple marquage au sol.

association vélo versailles

Dans cet article, le principe du contre sens n’était pas mis en cause, mais le fait que les véhicules peuvent rouler sur toute la largeur de la voie constitue-t-il une infraction ?

Dans les rues étroites avec double sens cyclables, l’itinéraire cyclable est balisé par simple marquage de la figurine vélo. Le véhicule ne roule pas sur un espace de la chaussée réservée au cycliste, par conséquent l’automobiliste n’est pas en infraction. Au lieu de parler du principe du contre sens, on parle du sens inverse ou du sens réservé au vélo dans un double sens cyclable.

Je trouve que la plupart des aménagements cyclables ne sont pas assez visibles, surtout quand elles sont sur la route. Partagez-vous ce sentiment ?

Là encore, ce n’est pas un sentiment, c’est un constat : En effet, les peintures blanches s’usent très vite et il semblerait que les nouvelles peintures moins polluantes soient moins résistantes. Les communes ont chaque année un programme de peinture des marquages au sol notamment pour les aménagements cyclables. Notre association remonte régulièrement aux services de la voirie les informations sur l’effacement des marquages mais aussi sur les racines des marronniers qui déforment les pistes cyclables de l’avenue de Paris.

Les pays nordiques ont souvent plusieurs longueurs d’avance en matière circulations douces. Quelles idées de « là-bas » pourraient être appliquées en France et en particulier à Versailles ?

Tout d’abord, quels sont les « pays nordiques » que vous avez à l’esprit ? Il n’est pas nécessaire de chercher au nord pour trouver de bons exemples de politique cyclable cohérente : on trouve des villes en Autriche, en Allemagne, en Suisse, en Italie etc., et en bien sûr France.

Qu’est-ce qui a fait ses preuves à Nantes et à Bordeaux ? L’aménageur cultive le « réflexe vélo » du début à la fin du trajet : maillage des itinéraires, prévisions des aménagements qui convergent vers des pôles d’attraction (gares, écoles, commerces), du stationnement vélo (au départ c’est-à-dire au domicile, et à l’arrivée). Ensuite des services vélo, on pourrait installer des bornes pour regonfler les vélos là où se trouvent des grands parkings à vélo, près des gares.

Il est important de rappeler qu’une politique vélo n’est pas forcément coûteuse. Le plus grand risque pour le cycliste est le différentiel de vitesse. Toute rue à vitesse apaisée devient cyclable. Et le différentiel de vitesse est plus petit dans les rues étroites, et encore moindre dans des double sens cyclable car les usagers freinent avant de se croiser.

Donc, les idées à appliquer à Versailles sont : multiplier les zones 30 avec DSC, créer des zones de rencontres, et équiper les voies à 50 km/h avec de pistes cyclable ou bandes cyclables confortables. Multiplier le stationnement. Cultiver un esprit de respect et d’égard entre les différents usagers.

Dans son programme de 2008, le maire de Versailles, François de Mazières, avait promis l’installation de station type Velib : pourquoi, selon vous, n’a t-il pas tenu cette promesse ?

Est-ce que c’était une « promesse », pouvez-vous retrouver un tel texte noir sur blanc ? (Pour retrouver cette promesse, cliquez ici NDLR), Dans tous les cas, tant mieux pour Versailles si le Vélib ne s’y est pas installé, c’est un gouffre financier.

L’utilisation du vélo s’est développée à Strasbourg sans que la municipalité n’ait eu à recourir au Velib qui est très onéreux pour les municipalités. En outre, un habitat peu dense ne facilite pas la rotation des vélos. C’était sans doute une fausse bonne idée. Pour favoriser le vélo, on pourrait développer plus de parkings à vélos, sécurisés comme l’a fait Strasbourg et développer les locations de longue durée. Versailles commence à le faire en direction des étudiants. Des points de location à destination surtout des touristes devraient également prochainement voir le jour aux grandes gares de Versailles. Nous devons nous assurer que la place d’Armes propose des parkings à vélo en nombre suffisant.

Quel est le prochain évènement de VeloVersailles ?

Une promenade-découverte des aménagements cyclables en prenant comme thème la ceinture verte autour de Versailles. Rendez-vous à 14h 30 devant la mairie le samedi 6 avril. Amenez vos vélos et votre bonne humeur !

Que dit la loi ?

Depuis 1996, le double sens cyclable (DSC) est un aménagement parfaitement conforme à la législation française selon le Code général des collectivités territoriales, article L2213-2 de 1996, avec des panneaux spécifiques depuis 1998.

Depuis 2008, la nouveauté est que le décret 2008-754 introduit dans le Code de la route, à l’article R110-2, une généralisation des double sens cyclables en zone 30, en zone de rencontre et dans les aires piétonnes. C’est un renversement de la règle : les DSC sont désormais automatiquement et obligatoirement installés sauf arrêté municipal contraire.

Article R110-2 • Modifié par Décret n°2008-754 du 30 juillet 2008 – art. 1 : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000019274295&dateTexte=&oldAction=rechJO

A Versailles, 8,3 km de double sens cyclables sont actuellement instaurés (dont 6,8 km depuis 2008). Le tout premier double sens cyclable a été celui de la rue Galliéni dans le quartier Notre Dame, il y a sept ans déjà.