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Versailles Environnement Initiative (VEI), association spécialisée dans l’environnement en milieu urbain, a publié une étude sur l’arrivée d’Autolib’ à Versailles. Et le constat est sans appel : c’est cher, y compris pour la ville, c’est salealors qu’il existe des alternatives bien plus propres, plus pratiques et plus économiques. C’est le moment de donner votre avis !

Vous trouverez ci-dessous le texte d’Eric Bourgeot, membre de VEI et conseil de quartier.

Le conseil municipal a voté en juin 2015 pour l’implantation d’Autolib’ à Versailles; 9 stations de 6 places seront installées. Budget : 595.800 euros. Quel intérêt pour les Versaillais ?

Le concept

Autolib’ est le service payant d’autopartage « en trace directe » (1) d’une entreprise privée qui a vu juste en se positionnant sur le secteur de l’autopartage en plein essor en France. Il s’agit concrètement d’une location de voiture; un abonnement doit être souscrit au préalable; le prix est ensuite fonction de la durée de location, à partir d’une demi-heure. Les véhicules sont disponibles depuis des stations de 6 places situées sur la voie publique, et doivent être ramenés à une station du réseau. Les abonnés apprécient surtout les places de stationnement qui leur sont réservées.

Les concurrents directs

De nombreux concurrents ont vu le jour ces dernières années, dont certains opèrent déjà à Versailles, et se développent bien plus vite qu’Autolib’, sans être subventionnés par les municipalités, et à des prix plus avantageux pour leurs clients. Citons par exemple comme concurrents français : Citiz, ZipCar ou Communauto / Mobizen pour le système « en boucle » (2), Drivy, OuiCar ou Koolicar parmi les nombreux acteurs du système « entre particuliers » (3).

Contrairement à Autolib’, ces concurrents utilisent des technologies qui ne sont pas figées par l’installation de stations ni d’un modèle précis de véhicule (la Bolloré BlueCar); ils peuvent donc s’adapter rapidement en tirant parti des évolutions technologiques qui sont nombreuses et imprévisibles, notamment sur les traceurs GPS, les applications mobiles, les batteries rechargeables, les voitures autonomes sans chauffeur, et autres nouveautés que l’avenir nous réserve.

Ce seul point du gel technologique d’Autolib’ est un sérieux désavantage car la rentabilité d’Autolib’ à Versailles est attendue dans 15 ans (40.500 euros/an). Sera-t-elle un jour au rendez-vous face à une concurrence dynamique et conquérante ?

Deplacement durable ?

L’intérêt de l’autopartage est de rendre l’automobile encore plus facile d’accès, notamment pour ceux qui n’en ont pas (la moitié des nouveaux abonnés d’Autolib’). Le trajet moyen en Autolib’ est de 9 km en 40 minutes. En contrepartie, Autolib’ conduit à une moindre utilisation quotidienne de la marche, du vélo et des transports en commun, contrairement à l’autopartage « en boucle » (*).

– S’il s’agit de diminuer la consommation d’énergie, Autolib’, dont la flotte de véhicules est exclusivement électrique, a un autre point faible : la consommation de sa batterie, qui selon le journaliste d' »Auto moto » Jean-Luc Moreau « nécessite une température comprise entre 60°C et 80°C. Ce qui implique une consommation d’énergie en continu pour la réchauffer. En clair, la voiture consomme de l’électricité même lorsqu’elle n’est pas utilisée… Au final, le Cayenne S e-Hybrid [Porsche] se révèle 40 % plus économe en énergie que la BlueCar… dans une exploitation de type Autolib' ».

Mais sans entrer dans ces détails, se déplacer avec un véhicule d’une tonne (4) consomme beaucoup d’énergie et n’est donc pas durable. L’alternative à l’automobile n’est pas … l’automobile. L’arrivée des vélos électriques dans nos villes ouvre en revanche une alternative intéressante, puisque la distance moyenne parcourue par ces nouveaux cyclistes est la même qu’Autolib’ : 9 km, contre 6,2 km en voiture particulière en Île-de-France (*).

– S’il s’agit d’améliorer la qualité de l’air à Versailles, ce ne sont pas ces 9 stations de 6 véhicules électriques qui vont changer grand-chose sur approximativement 50.000 véhicules à Versailles et de nombreux autres traversant quotidiennement la ville.

VEI a déjà pointé du doigt les points noirs et les mesures à prendre (5), qui concernent surtout les camions et les chauffages au fioul. De plus, les immatriculations de voitures électriques ne cessent de progresser au fur et à mesure que le prix des batteries diminue (le cap du 1% de part de marché a été franchi en 2015), et que le parc de voitures particulières s’électrise doucement, dans des proportions bien supérieures à la seule flotte d’Autolib’.

– S’il s’agit de diminuer le nombre de voitures stationnées sur la voie publique, les promoteurs de l’autopartage avancent que son usage diminue le nombre de voitures particulières, et donc du nombre de voitures garées dans nos rues; une Autolib’ libérerait 2 places. Mais ce chiffre est surtout valable à Paris. Plus on s’éloigne de cette zone densément peuplée et au cœur du maillage des stations de recharge, et moins ce phénomène se vérifie, car le succès de l’autopartage en trace directe est lié à la densité des stations, elle-même liée à la densité de population, 6 fois supérieure à Paris qu’à Versailles. De plus, Versailles étant à la périphérie de la métropole, en bout du réseau Autolib’, les trajets depuis Versailles seront limités. Enfin, sociologiquement, Autolib’ n’est pas adapté pour les familles, pourtant nombreuses à Versailles.

Par contre, des études (*) ont montré que l’autopartage « en boucle » donne de bien meilleurs résultats puisqu’une voiture libère alors 8 places, soit 4 fois plus qu’Autolib’, et ce, dans différentes villes de province de taille proche de Versailles.

En conclusion

En faisant le choix d’Autolib’, la ville de Versailles tourne clairement le dos – sur ce point – à la ville verte et durable, qui est pourtant l’un de ses objectifs. Autolib’ est la promesse électorale d’un candidat à la mairie de Paris lors de la campagne de 2008, qui a été élu et a appliqué sa promesse. Or nous ne sommes ni à Paris avec ses caractéristiques si favorables à l’autopartage, ni en 2008 avec une offre balbutiante. Espérons qu’il est encore temps pour que notre conseil municipal revienne sur cette mauvaise décision, coûteuse, déjà obsolète, et sans intérêt environnemental, alors qu’il y a encore tant à faire pour la ville réellement durable.

Eric Bourgeot, février 2016
eric.bourgeot@gmail.com

Ps : ce choix est d’autant plus étonnant que la municipalité a déjà réalisé de belles avancées comme le zéro phyto, bandes, pistes et double-sens cyclables, zones 30, couloirs de bus, récupération des eaux de pluie, recyclage des déchets, diminution de l’éclairage publique… autant de réalisations qu’il convient de saluer.

notes :

(1) Système « en trace directe » : le véhicule peut-être ramené à une autre station que la station de départ.

(2) Système « en boucle » (service générique VULOG) : le véhicule est ramené à son point de départ.

(3) Système « entre particuliers » : système « en boucle » de véhicules particuliers.

(4) La masse de la Boloré Blucar est de 1120 kg à vide.

(5)  Voir le Bulletin n° 15 de Versailles Environnement et Initiative de mars 2014.

(*) Enquêtes sur l’autopartage du bureau d’études 6-t et de l’ADEME.