Le débat continue entre les anti et les pro accès payants au parc du Château. Plus je m’y plonge, et plus je me rends compte qu’il faut dépasser le bout de son nez, voir à long terme et éviter de réagir « à chaud ». L’accès au parc est un sujet qui concerne peu de Versaillais (Saint-Louis et Notre-Dame) et près de 300 personnes ont déjà acheté le forfait annuel à 20 €.
Donc, pour permettre à chacun de se faire une idée et, si possible, après avoir pris le temps de réfléchir, de s’exprimer, je vais publier ci-dessous deux argumentaires : celui de Bernard Hasquenoph de Louvre Pour Tous et celui du président du domaine de Versailles, Jean-Jacques Aillagon.
Bernard Hasquenoph, Louvre Pour Tous
Le Versailles qu’on nous propose – Mail à Aillagon
Permettez que je réponde ici au mail que vous m’avez adressé et publié sur votre blog en réaction à notre pétition pour la liberté d’accès aux jardins de Versailles menacée par votre administration. Le débat dépasse de loin une question qui, à vous croire, ne concernerait que les versaillais à qui vous déniez le droit de s’y sentir un peu chez eux. Versailles intéresse tous les Français, et au-delà, en tant que site classé au Patrimonial mondial de l’humanité. La gratuité de ses jardins est l’arbre qui cache la forêt. Que voulons-nous faire de nos sites patrimoniaux, telle pourrait être la question, des lieux ouverts ou fermés ?
A défendre le principe de gratuité, vous me dîtes démagogue. Que ne devez-vous alors penser du président de la République qui la promit dans tous les musées et monuments nationaux ! Louis XIV devait donc l’être aussi, lui qui voulait ses jardins ouverts à tous, ce qu’ont perpétué fidèlement ses successeurs. Et s’il fallait montrer patte blanche pour entrer dans ceux de Trianon, du vivant du Grand Roi comme au temps de Marie-Antoinette, aucun ne fut jamais payant. Pas plus après la Révolution quand, une fois les risques de destruction éloignés, en partie grâce à la mobilisation des versaillais, le domaine fut totalement dévolu à « la jouissance du peuple ». La liberté d’accès aux grands jardins historiques est une tradition, constituant un usage patrimonial aux résonances très profondes. Qui s’offusque, à Paris, que les Tuileries ou le Luxembourg le soient toujours, conjuguant ainsi l’agrément à l’Histoire, le passé au présent ?
Vous jugez ensuite notre attitude désinvolte, car le libre accès ferait peser des risques graves sur la préservation du site. Les promeneurs font de ces jardins, dîtes-vous, des « usages intempestifs ». Sauvageons les versaillais ? Sérieusement, pourquoi serait-il si difficile, là plus qu’ailleurs, de faire respecter un règlement interdisant ballon ou vélo ? C’est un devoir de l’Etat : gratuits ou payants, ces jardins exceptionnels doivent être surveillés. N’y a-t-il pas alors un manque de sens des priorités à mener de fastueuses restitutions que personne ne réclame ou à introduire à grand frais l’Art contemporain au château plutôt que d’embaucher du personnel pour protéger ce que le passé nous a légué ?
Et puis, pour mettre un terme à l’érosion naturelle et aux actes de vandalisme qui peuvent aussi bien être l’œuvre de visiteurs payeurs, ne menez-vous pas un heureux plan de sauvegarde des statues, remplaçant les plus fragiles par de parfaits moulages, tandis que les originaux sont rentrés au château ?
Car, à l’extérieur comme à l’intérieur, ce n’est pas la gratuité qui est un danger pour le site mais bien la massification du public que vous encouragez par une politique de commercialisation toujours plus grande. C’est le cas pour des lieux réputés fragiles comme le Domaine de Marie-Antoinette : lancé et monétisé en 2006 par Christine Albanel, il a vu sa fréquentation augmenter de près de 50% en un an. Et le spectacle (payant) des Grands Eaux, de par sa fréquence, est un danger pour les statues des bassins qui en sont irrémédiablement abîmées. Désinvolte dîtes-vous…
Votre désir légitime – votre obligation plutôt – de protéger le patrimoine dont vous avez la charge masque la seule raison crédible de cette « mise sous douane » généralisée du domaine : le besoin d’enregistrer toujours plus de recettes pour faire tourner une machine de plus en plus gloutonne. Vous le reconnaissez d’ailleurs en rappelant à quel point votre Etablissement, pour fonctionner, dépend maintenant de ses ressources propres. Une spirale infernale qui touche tous les grands musées nationaux qui, soumis à des contrats d’objectifs, sont poussés vers l’autonomie et le mécénat. Aussi sont-ils contraints d’user de pratiques aux effets parfois contraires à leur devoir de protection des œuvres et de démocratisation culturelle. Si, comme actuel président du château de Versailles, vous n’êtes pas responsable de ce système qui partage avec l’entreprise privée méthodes et vocabulaire, ne le seriez-vous pas un peu comme ancien ministre de la Culture ?
De cette dérive, le château de Versailles est un exemple typique. Alors qu’on parle d’ouverture toujours plus grande au Patrimoine, l’éradication progressive de toute zone gratuite en est un signe. Et à l’ère écologique, restreindre l’accès à un jardin n’est-il pas absurde ? Les fermer le matin comme à Trianon encore plus ! D’année en année, le « palais enchanté » se transforme un peu plus en réserve pour touristes, sans rien d’insultant pour des personnes qui, pour la visite d’une vie, sont prêtes à payer le prix fort. Ont-elles le choix ? De fait, on coupe ce haut lieu d’Histoire de son environnement immédiat et de la vie.
Certes les conditions d’accueil du château s’améliorent et les expositions sont souvent de grande qualité. Mais pour satisfaire le rêve d’un décor de conte de fées qui n’a jamais été, on dépense des millions pour lui donner un air de fausse jeunesse au risque de lui faire perdre tout charme et toute authenticité. Préservation ou dénaturation ?
La grille Royale érigée l’année dernière devant le château résume à elle seule le Versailles qu’on nous propose : clinquant, historiquement douteux et fermé sur lui-même. Ce Patrimoine-là, nous les foules sentimentales que chante si bien Souchon, désolé M. Aillagon, on n’en veut pas.
Jean-Jacques Aillagon, président de l’Etablissement public du musée et du domaine national de Versailles
- Le domaine de Versailles couvre 738 ha., châteaux, cours, places et dépendances en ville comprises.
- 644 de ces 738 ha sont ouverts gratuitement pendant 365 jours par an. Ils forment le parc du château de Versailles. Ils constituent, pour les riverains notamment, une magnifique aire de promenade et de détente. L’entretien et l’embellissement en est assuré exclusivement par l’Etablissement public du musée et du domaine national de Versailles.
- la visite des 96 ha des jardins des châteaux de Trianon (Grand et Petit) est, elle, désormais associée à celle de ces châteaux. Elle est donc tributaire de la présentation d’un titre de visite, soit :
• un billet « châteaux de Trianon » (10 € plein tarif, 6 € tarif réduit)
• un passeport quotidien « châteaux et domaine de Versailles » (20 €)
• un droit de visite gratuite (les moins de 25 ans révolus, les bénéficiaires du RMI, les chômeurs, les membres de la Société des Amis de Versailles)
• un laissez-passer annuel (30 €).
Cette mesure mise en œuvre le 1er avril 2009 vise à permettre une meilleure protection des plantations et monuments d’un domaine très délicat dans lequel l’Etablissement a, au cours des dernières années, mis en œuvre des actions déterminées de restauration et d’embellissement.
- Depuis 1995, les 77 ha du jardin du Roi, qui entourent le château, accueillent un programme de grandes eaux musicales pendant la haute saison (1er avril – 1er novembre). Ce spectacle, très apprécié du public, sera décliné, à partir du 12 mai, les mardis, par la présentation d’une visite musicale des mêmes jardins. Cette proposition permettra d’ouvrir aux visiteurs du mardi les bosquets qui constituent le cœur de ce « palais en plein air » qu’est le jardin.
Jusqu’à cette année, l’accueil du public payant des grandes eaux se faisait au prix de la pose, pendant tout l’été, de 400 mètres de barrières de police « Vauban », de manière à aménager, pour les visiteurs n’ayant pas acquitté un droit d’entrée, un passage vers la zone du parc, via le bassin de Neptune. La présence de ces barrières défigurait pendant plusieurs mois l’apparence des jardins.
Depuis le 1er avril, c’est l’ensemble du territoire du jardin du Roi qui est mis sous douane, du matin à 17h30, pendant les 70 jours des grandes eaux diurnes (les samedis, dimanches et jours fériés) et les 13 mardis de jardins musicaux. Cela signifie que ce jardin, de 77 ha, est ouvert, sans aucune contrainte, 282 jours par an (soit 77,20 % de l’année). Il va de soi, que pendant ces manifestations musicales l’accès gratuit au parc reste possible par ses entrées traditionnelles, notamment la Grille de la Reine et la Grille Saint-Antoine.
- Les grandes eaux et les jardins musicaux sont accessibles aux tarifs suivants :
• gratuité pour les moins de dix ans,
• gratuité pour les membres de la Société des Amis de Versailles
• 8 € (plein tarif) et 6 € (tarif réduit)
• un laissez-passer annuel donnant accès au jardin les jours de Grandes Eaux (20 €).
- L’Etablissement rappelle, par ailleurs, qu’on ne peut pas considérer les jardins des châteaux de Versailles et de Trianon comme de simples aires de loisir dans lesquels les visiteurs disposeraient d’un droit spontané de promenade et de loisir. Il s’agit de monuments historiques très délicats et fragiles qui requièrent de nombreux et constants soins.
Ces soins sont très largement financés par les recettes que l’Etablissement retire de son activité. Ces recettes se sont élevées, en 2008, à 60 M€. Elles proviennent de la billetterie, des concessions, du mécénat et des éditions et permettent de mettre en valeur, de restaurer, de présenter, d’étudier et d’enrichir le patrimoine dont l’Etablissement a la charge. L’Etablissement public ne reçoit pas de subvention de fonctionnement de l’Etat qui concourt cependant à son activité par la rémunération des agents titulaires (fonctionnaires) qu’il met à sa disposition(valorisation 2008, environ 19 M€). L’Etablissement public ne reçoit pas de subvention de fonctionnement directe des collectivités locales, à l’unique exception de la subvention de 50 000 € du Conseil Général des Yvelines pour le fonctionnement du « Musée parlant », ouvert aux groupes scolaires.
Ces précisions ramènent un débat parfois faussé par des interprétations malveillantes à sa juste proportion.














JLT
11 h 39 min
20 mai 2009
J’avais conservé l’idée que le forfait annuel pour l’accès aux jardins avait été déclaré illicite, à tort à en croire votre article qui évoque cet abonnement pour 20 €.
La somme réclamée est modeste et facilement supportable par une très grande majorité des Versaillais, surtout s’ils proviennent des quartiers de Saint Louis et de Notre Dame, d’autant que pour les mères de famille avec poussette, l’enfant ne génère pas de coût supplémentaire puisqu’il bénéficie de la gratuité d’accès.
L’accès payant aux jardins semble donc moins choquant et l’on peut comprendre les raisons de Monsieur Aillagon même si les arguments de Monsieur Hasquenoph sont également percutants.
Cumuler les forfaits pour les jardins et les Trianons est par contre sans doute un peu choquant, un forfait unique pouvant parfaitement être envisagé (de la même manière qu’une amplitude d’ouverture plus élevée).
François Portier
9 h 01 min
21 mai 2009
Le forfait annuel n’est pas de 20 Euros, il est passé à 30 Euros, ce qui n’est pas négligeable. Les habitants du Chesnay, de Parly II sont eux aussi touchés par les restrictions, pas seulement les habitants des quartiers Notre-Dame et Saint-Louis, réputés « privilégiés » (aux yeux de qui?). Et les touristes, pas toujours « riches »? Les jardins du grand Trianon, dont l’accès était libre depuis des temps immémoriaux, viennent d’être abusivement englobés dans le « domaine de Marie-Antoinette ». Les jardins dudit « domaine » sont fermés le matin, alors que l’accès restait libre en basse saison. Les jours de fermeture se multiplient. Etc, etc. Et qu’on ne nous dise pas que les jardins sont « exceptionnels » — leur entretien, en particulier celui des allées, poussiéreuses en été, boueuses à la première pluie, laisse beaucoup à désirer. Ne parlons pas des pelouses. Allez voir n’importe quel jardin public à Paris ou en Province (sans parler des jardins anglais ou allemands)et comparez! De qui se moque-t-on? Personne ne remet en cause le fait que l’accès aux bâtiments des Trianons soit payant, en revanche l’accès aux jardins devrait redevenir libre et gratuit, comme avant l’arrivée de Madame Albanel et de M. Aillagon.
denis
10 h 57 min
21 mai 2009
en allant sur le site du chateau puis « spectacles » puis « grandes eaux » on tombe enfin sur la page suivante :
http://www.chateauversailles-spectacles.fr/gem.htm
pourquoi dans cette page n’est-il pas fait mention du forfait annuel de 20€ et du forfait annuel de 12€ en tarif réduit entre autres pour les titulaires d’une carte famille nombreuse.
voir la liste des gratuités et tarifs réduits :
http://www.chateauversailles.fr/pdf/Tarifs/exonerations.pdf
Il faut aussi savoir que les étudiants de moins de 26 ans peuvent entrer gratuitement depuis le 1er avril :
voir le rappel sur cette page :
http://billetterie.chateauversailles.fr/online/Seances.aspx?manif=9cb61014-57cc-4ba1-9674-000000000115
Rappel : l’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les moins de 26 ans ressortissants de l’Union européenne, enseignants affectés dans un établissement français, personnes handicapées, demandeurs d’emplois sur présentation d’un justificatif en cours de validité.
Demandons au moins que M. Aillagon fasse une information claire du forfait normal et réduit sur le site du chateau.
NM
14 h 58 min
21 mai 2009
Faire payer l’accès aux jardins des Trianon, pourquoi pas s’il y va du bonus de Monsieur Aillagon, mais n’ouvrir les Trianon que de 12h00 à 18h30, c’est se moquer avant tout des pauvres touristes qui se cassent le nez tous les matins devant le guichet fermé du Petit Trianon. Que dirions-nous, nous, français, si nous n’avions que les heures les plus indigestes pour visiter le Taj Mahal, les Pyramides ou la Muraille de Chine ? Comment peut-on arguer sérieusement de la fragilité du site, et concentrer les visites sur une plage horaire réduite ? Et puis, puisque le site est si fragile, comment peut-on autoriser un sponsor (oh, pardon, un mécène) à monter un véritable pavillon Balthar pour un soir dans la cour du Petit Trianon ? Allons,il y aurait donc un chateau de Versailles pour les uns, et un autre pour les autres ? Décidément, rien ne change sous le soleil.
de Malézieu
22 h 33 min
25 mai 2009
Monsieur Aillagon,
Ouvrez les yeux, ouvrez les oreilles ! N’avez vous pas entendu, ni vu le mécontentement d’un grand nombre de Versaillais et de beaucoup d’autres visiteurs obligés de payer pour accéder aux jardins de Trianon,et certains jours des jardins du Parc ?
Vous persistez avec obstination dans cet état de fait, faisant fi d’une grogne générale.
Jacques de Givry a photographié ce beau parc et ses jardins. Une promenade magnifique, comme nous les aimions à toutes saisons. Un ode à la liberté.!
Vous avez rompu ce charme propre à Versailles, cette liberté de pouvoir se promener à tous moments (gratuitement) dans ses jardins.
De grâce, revenez à la raison. Ces accès payants ne doivent pas devenir un état de fait.
Nous revendiquerons et ne céderons pas à cet abus de pouvoir.
G Vernet
18 h 36 min
30 mai 2009
Oui, je considère les jardins comme une aire de loisir dans laquelle j’ai le droit de me promener, courir et jouer avec mes enfants. Il a été conçu pour celà, et il vous appartient de préserver l’objet autant que l’usage qui en est fait.
Pourquoi seriez vous seul juge de sa destination ?
Vous avez besoin d’aides pour l’entretien des jardins ?
Pourquoi pas demander des volontaires, vous pourriez être surpris:
combien de voisins du chateau seraient-ils prêts à consacrer quelques heures de leur temps à l’entretien des jardins en contrepartie du libre accès pour tous ?
… une sorte de société des amis du parc, sans argent et sans privilèges autres que le plaisir d’y contribuer
Quant au manque de recettes pour couvrir vos frais de fonctionnement … faites comme tout le monde: réduisez les à hauteur de vos moyens et nous n’en serions pas là.
Recours ultime, vendez la grille jaune à quelques touristes ignorants: je n’ai aucune compétence d’historien mais je doute que les générations futures vous reprochent la destruction d’un gadget de 2008
Leonard
16 h 16 min
25 juin 2009
Comme c’est bizarre, cet article était l’article le plus lu et il a subitement disparu de la liste des articles les plus populaires. Comment est-ce possible ?
François Guerrier
16 h 51 min
25 juin 2009
Votre commentaire sous-entend que j’amuse à changer l’ordre des articles les plus lus.
1. techniquement, je ne peux pas le faire
2. j’ai pas que ça à faire
merci toutefois de votre contribution
claire
18 h 40 min
27 juin 2009
Les + populaires, c’est donc les + lus, et ceux qui ont le + de commentaires, vous ne pourriez pas leur faire une petite place en vue aussi, monsieur Guerrier? Sous la rubrique, les + drôles, les + polémiques, les + discutés, je ne sais pas mais je suis sûre que ça alimenterait encore les commentaires!
YM
22 h 50 min
9 juillet 2009
Je ne comprends pas pourquoi on en fait une affaire entre versaillais. Pourquoi un traitement different pour le parc du chateau de Versailles, et le Jardin du Luxembourg, les jardins des Tuileries, le Parc Monceau, le parc Montsouris, les Buttes Chaumont ? C’est du grand n’importe quoi, tout simplement.